de : Ad de Bont, mis en scène par Christophe Laluque
Voyage dans les tréfonds de l'humanité
ou le
triangle de Karpman dans toute sa splendeur...
Il me sera difficile de cacher que j'ai pleuré.
Bien entendu, comme une idiote, j'avais oublié mes mouchoirs, tout en réalisant
que mes larmes n'auraient jamais l' intensité de celles de Mirad, ce Mirad qui
porte en lui tous les visages de la guerre. Si "la guerre n'a pas un
visage de femme" (Svetlana
Alexievitch, Prix
Nobel de Littérature 2015), elle n'a pas non plus celui d'un
enfant. On y apprend, si on l'avait oublié, que le terreau, pour ne pas
dire le fumier, de toutes les guerres est bien l'esprit de vengeance et que les
agriculteurs qui en font l'épandage sont entre autres les dirigeants de nos
pays. Quelle surprise de découvrir que tuer son
bourreau n'apporte nulle délivrance...Cette guerre de Yougoslavie est la plus
ancienne dont je me souvienne, découverte après les cours de classe de
quatrième, elle avait fauché mon innocence comme un champs de blé brûlé avant
la moisson. Elle a toujours marché dans mon ombre, comme collée à mes
talons.
Plus tard, une fois adulte, j'ai connu des serbes, des bosniaques, des croates
et même des casques bleus de l'ONU. Damjan, Elmir, Bruno et Diane. Diane...quel
paradoxe que de porter ce nom de déesse sanguinaire et œuvrer pour la paix...
Ce qui m'a le plus choqué chez eux c'est qu'ils étaient parfaitement semblables
et touchants...alors pourquoi les diviser, les opposer ? C'était insensé. Selon certains déconstructeurs de l'histoire,
auxquels une certaine forme de négationnisme semble donner une contenance
pitoyable, les enfants soldats n'ont jamais existé dans ce conflit. Pourtant,
ceux qui y étaient les ont vus. A l'heure où nos anciens combattants
disparaissent, les victimes survivantes de la guerre de Yougoslavie sont nos
contemporains, loin de l'abstraction de nos manuels d'histoire et si près de
nous.Le plus beau jour de ma vie, mais le plus
triste en même temps, fut ce jour de juillet 2010 où un musulman est entré dans
une église orthodoxe en France pour dire adieu à son ami d'ici et ennemi de là
bas. Cependant, là bas pour ceux qui y vivent c'est ici. Et demain peut
être chez nous. En ces temps troubles, allez voir Mirad pour
qu'il vous narre son histoire, afin de remettre de manière purement imagée
" le clocher au milieu du village". Cela pourrait éviter que chacun
se retrouve un jour entraîné par ses émotions dans une spirale dont nul ne sort
jamais indemne, dont nul ne sort vainqueur.
Si "l'enfer c'est les autres", n'oublions pas, en cette année où
Simone Veil intègre le Panthéon, que chacun pense en son âme et conscience être
le gentil et l'autre le méchant. Comme le disait si bien Desproges, " à
quoi reconnaît-on l'ennemi?". Comme nous le rappelle également "né en
17 à Leidenstadt", nous avons tous été un jour " nourris de haine et
de revanche". Mais pour quel résultat ? A la manière de la vendetta de
Mateo Falcone, ce cercle vicieux est un cercle sans fin, chacun paie un lourd
tribut à chaque fois que la roue tourne, et comme au Monopoly, on repasse inlassablement
par la case départ, sans toucher 20 000 francs.
Mirad, cet ode à la résilience, devrait être produit dans tous les lycées. Les
paroles y fusent comme des obus, les sentiments nous traversent comme des
balles, mais celles ci, loin de nous tuer, nous rendent plus forts.Lorsque les portes de la salle se sont
ouvertes, je me suis échappée de l'obscurité vers la lumière, pour que personne
ne voit mes larmes, mais surtout parce que la liberté m'attendait dehors,
sentiment déroutant mais oh combien luxueux, mais encore une fois, sentiment
minime par rapport à celui éprouvé par tous ceux qui voient un jour les portes
des camps de concentration s'ouvrir devant leurs yeux, laissant derrière eux
avec culpabilité les disparus.
Si la Yougoslavie ne vous touche pas, si 39/45 ne vous concerne pas, si les
tutsis vous indiffèrent, si les morts du bataclan ne vous interpellent pas, il
n'en reste pas moins que partout dans le monde, des charniers et des camps
existent de nos jours et il ne tient qu'à chacun de nous qu'il n'y en ait plus
à l'avenir. « Mirad, tu raconteras à cette guerre, à quel point elle
fut inutile et injuste ».La barbarie n'a ni couleur ni religion, elle est
malheureusement universelle, intemporelle et possède un inquiétant don
d'ubiquité. A l'heure où on nous abreuve de télé réalités, tels des
moutons dociles, apprenons à nos enfants à réfléchir. Pour conclure, car je n'ai parlé que de moi, et
cela est fort impoli, une troupe flamboyante, un spectacle à aller voir avec
ses adolescents, à ne manquer sous aucun prétexte. Je n'ose imaginer, la
difficulté pour des acteurs de jouer chaque jour des scènes aussi dures et
vraies, un choix courageux. Si vous pensez avoir tout vu et tout compris au
cinéma dans des super productions hollywoodiennes, détrompez vous, vous n'avez
rien vu. J'ai demandé un jour à un yougoslave: "est ce que tu peux
m'expliquer pourquoi il y a eu la guerre? Plus je me documente, moins je
comprends...". En fait , je me noyais dans les méandres de la grande
Histoire. Mirad, c'est la petite histoire (l'individuelle mais non la moindre)
qui permet de comprendre cette fameuse grande Histoire. Sa réponse fut concise
et très claire : " c'est parce que les gens ne voulaient pas vivre
ensemble ". C'est désormais confirmé. Merci Mirad, merci mes amis anonymes
qui avez fait grandir mon coeur. Longue vie à vous pour ceux qui sont encore
vivants, et pour les autres, on se fera un babyfoot quand on se retrouvera de
l'autre côté.
Voyage dans les tréfonds de l'humanité
ou le
triangle de Karpman dans toute sa splendeur...
Il me sera difficile de cacher que j'ai pleuré.
Bien entendu, comme une idiote, j'avais oublié mes mouchoirs, tout en réalisant
que mes larmes n'auraient jamais l' intensité de celles de Mirad, ce Mirad qui
porte en lui tous les visages de la guerre. Si "la guerre n'a pas un
visage de femme" (Svetlana
Alexievitch, Prix
Nobel de Littérature 2015), elle n'a pas non plus celui d'un
enfant. On y apprend, si on l'avait oublié, que le terreau, pour ne pas
dire le fumier, de toutes les guerres est bien l'esprit de vengeance et que les
agriculteurs qui en font l'épandage sont entre autres les dirigeants de nos
pays. Quelle surprise de découvrir que tuer son
bourreau n'apporte nulle délivrance...Cette guerre de Yougoslavie est la plus
ancienne dont je me souvienne, découverte après les cours de classe de
quatrième, elle avait fauché mon innocence comme un champs de blé brûlé avant
la moisson. Elle a toujours marché dans mon ombre, comme collée à mes
talons.
Plus tard, une fois adulte, j'ai connu des serbes, des bosniaques, des croates
et même des casques bleus de l'ONU. Damjan, Elmir, Bruno et Diane. Diane...quel
paradoxe que de porter ce nom de déesse sanguinaire et œuvrer pour la paix...
Ce qui m'a le plus choqué chez eux c'est qu'ils étaient parfaitement semblables
et touchants...alors pourquoi les diviser, les opposer ? C'était insensé. Selon certains déconstructeurs de l'histoire,
auxquels une certaine forme de négationnisme semble donner une contenance
pitoyable, les enfants soldats n'ont jamais existé dans ce conflit. Pourtant,
ceux qui y étaient les ont vus. A l'heure où nos anciens combattants
disparaissent, les victimes survivantes de la guerre de Yougoslavie sont nos
contemporains, loin de l'abstraction de nos manuels d'histoire et si près de
nous.Le plus beau jour de ma vie, mais le plus
triste en même temps, fut ce jour de juillet 2010 où un musulman est entré dans
une église orthodoxe en France pour dire adieu à son ami d'ici et ennemi de là
bas. Cependant, là bas pour ceux qui y vivent c'est ici. Et demain peut
être chez nous. En ces temps troubles, allez voir Mirad pour
qu'il vous narre son histoire, afin de remettre de manière purement imagée
" le clocher au milieu du village". Cela pourrait éviter que chacun
se retrouve un jour entraîné par ses émotions dans une spirale dont nul ne sort
jamais indemne, dont nul ne sort vainqueur.
Si "l'enfer c'est les autres", n'oublions pas, en cette année où
Simone Veil intègre le Panthéon, que chacun pense en son âme et conscience être
le gentil et l'autre le méchant. Comme le disait si bien Desproges, " à
quoi reconnaît-on l'ennemi?". Comme nous le rappelle également "né en
17 à Leidenstadt", nous avons tous été un jour " nourris de haine et
de revanche". Mais pour quel résultat ? A la manière de la vendetta de
Mateo Falcone, ce cercle vicieux est un cercle sans fin, chacun paie un lourd
tribut à chaque fois que la roue tourne, et comme au Monopoly, on repasse inlassablement
par la case départ, sans toucher 20 000 francs.
Mirad, cet ode à la résilience, devrait être produit dans tous les lycées. Les
paroles y fusent comme des obus, les sentiments nous traversent comme des
balles, mais celles ci, loin de nous tuer, nous rendent plus forts.Lorsque les portes de la salle se sont
ouvertes, je me suis échappée de l'obscurité vers la lumière, pour que personne
ne voit mes larmes, mais surtout parce que la liberté m'attendait dehors,
sentiment déroutant mais oh combien luxueux, mais encore une fois, sentiment
minime par rapport à celui éprouvé par tous ceux qui voient un jour les portes
des camps de concentration s'ouvrir devant leurs yeux, laissant derrière eux
avec culpabilité les disparus.
Si la Yougoslavie ne vous touche pas, si 39/45 ne vous concerne pas, si les
tutsis vous indiffèrent, si les morts du bataclan ne vous interpellent pas, il
n'en reste pas moins que partout dans le monde, des charniers et des camps
existent de nos jours et il ne tient qu'à chacun de nous qu'il n'y en ait plus
à l'avenir. « Mirad, tu raconteras à cette guerre, à quel point elle
fut inutile et injuste ».La barbarie n'a ni couleur ni religion, elle est
malheureusement universelle, intemporelle et possède un inquiétant don
d'ubiquité. A l'heure où on nous abreuve de télé réalités, tels des
moutons dociles, apprenons à nos enfants à réfléchir. Pour conclure, car je n'ai parlé que de moi, et
cela est fort impoli, une troupe flamboyante, un spectacle à aller voir avec
ses adolescents, à ne manquer sous aucun prétexte. Je n'ose imaginer, la
difficulté pour des acteurs de jouer chaque jour des scènes aussi dures et
vraies, un choix courageux. Si vous pensez avoir tout vu et tout compris au
cinéma dans des super productions hollywoodiennes, détrompez vous, vous n'avez
rien vu. J'ai demandé un jour à un yougoslave: "est ce que tu peux
m'expliquer pourquoi il y a eu la guerre? Plus je me documente, moins je
comprends...". En fait , je me noyais dans les méandres de la grande
Histoire. Mirad, c'est la petite histoire (l'individuelle mais non la moindre)
qui permet de comprendre cette fameuse grande Histoire. Sa réponse fut concise
et très claire : " c'est parce que les gens ne voulaient pas vivre
ensemble ". C'est désormais confirmé. Merci Mirad, merci mes amis anonymes
qui avez fait grandir mon coeur. Longue vie à vous pour ceux qui sont encore
vivants, et pour les autres, on se fera un babyfoot quand on se retrouvera de
l'autre côté.
Dossier pédagogique :


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