jeudi 16 avril 2015 10 :36
J'avais rdv hier matin à l'hôpital de Nimes à 8h45. Je me suis donc levée à
4h30 pour les impondérables: 45 minutes pour déverrouiller les muscles
pour sortir du lit, le seul endroit où je n'avais pas mal c'était les cheveux.
Mais ça c'était avant, parce que maintenant j'ai aussi mal au cuir chevelu: le
frère de David Douillet y a enfoncé plein d'aiguilles bien profond. Et quand le
frère de David Douillet dit on bouge pas , eh bien on moufte pas.
5h15, donc j'avais mis un pied par terre, 6h j'avais les 2 pieds dans la
voiture pour le départ, ou plutôt le 1er départ, parce que pas plus tôt partie
que je me rends compte que la dame du GPS est totalement aphone, retour maison.
Mon mari aurait pu me radio-guider mais il avait oublié son téléphone portable
à la maison sur le pétrin. Espérons que le mot "pétrin" ne définisse
pas à lui seul ma journée !
Me voilà façon cambrioleur avec ma lampe de poche, en train de chercher des
hauts parleurs dans la chambre de mon fils qui dort profondément. Butin: 1 haut
parleur flambant neuf mais sans câble (et pas bluetooth, pourquoi faire
simple...) et une paire d'enceintes rondes (flambant vieilles) qui ne tiennent
plus sur leur support. Ceci dit j'aimerais mieux ne rien trouver d'enceinte
dans la chambre d'un ado de 16 ans. Me voilà donc dans le garage aux aurores,
en train de chercher du chaterton sur l'établi. Trois minutes plus tard, les
enceintes sont enrubannées comme des oeufs de Pâques, je cours vers la voiture
(à la vitesse où je cours actuellement, c'est à dire que j'essaie de courir
pour être plus exacte, en fait il n'y a que dans ma tête que je cours...).
L'ordinateur de bord m'indique 880km d'autonomie, et la dame du GPS est enrouée
mais elle parle. TOUT va bien ! J'allume la radio et j'entends: "bélier:
calme plat jusqu'à ce soir, ensuite ça s'accélère". Et la dame de
l'horoscope, elle est sous quel fuseau horaire ? visiblement pas le même que le
mien ! La ventouse du GPS se casse en deux mais le pare brise tient toujours,
c'est le principal, le GPS se ballade sur le tableau de bord donc conduite
rationnelle sans à coups !!!
Arrivée au niveau du péage de Remoulins, je me demande subitement pourquoi
je vais engraisser les sociétés autoroutières (vieux réflexe réminiscent de
transporteur). Je continue sur la nationale, ce qui ne plait pas du tout à la
dame du GPS. Je traverse plein de saints (St Bonnet, St Gervasy). Se
mettre un ou deux saints dans la poche avant une consultation en neurologie
après tout ça peut pas faire de mal, pour tout le reste il y a Mastercard (vu
le prix du parking de l'hôpital, soit on a des économies placées à la banque,
soit il vaut mieux vendre un rein). Arrivée à Nîmes, avec 900km
d'autonomie en carburant, 20km de plus qu'au départ (non, je n'y suis pas allée
en marche arrière....), la dame me demande de faire demi tour pour prendre
l'autoroute. Je suis DEJA à Nimes, je vais quand même pas prendre l'autoroute
pour ALLER à Nîmes ! Je refuse, elle insiste, je re-refuse, elle
recalcule. C'est ça ma chérie, recalcule, moi j'avance. Dans l'intervalle, sur
ma gauche je vois un géomètre au bord de la route (pantalon de chantier beige
avec des poches, gilet jaune) , on ne sait jamais, des fois que ça serait un
policier avec un radar...je ralentis. Bingo, comité d'accueil en bleu marine
100 mètres plus loin sur la droite. On dirait que les forces de l'ordre
inventent de nouvelles techniques de camouflage, bientôt ils vont se déguiser
en buissons de Cetelem.
J'arrive à l'hôpital de Nîmes Carrémeau, je trouve une place juste à côté
de l'ascenseur, à 7h30 le parking est encore désert, je n'ai que l'embarras du
choix. J'appelle le chef de mon mari à 8h00 pour lui demander d'envoyer un
message à mon mari sur l'informatique embarquée : "ta femme est arrivée
entière, la voiture aussi". Je file vite aux étiquettes (enfin
"vite" façon de parler, parce que mon cerveau marche lus vite que mes
jambes ...) , déjà 11 personnes devant moi. "Désirez-vous désigner
une personne de confiance ? " Oui, mais certainement pas la dame du
GPS...et pas non plus celle de l'horoscope. Une affiche me suggère de
m'inscrire au dossier médical unique informatisé. Tentant vu le poids actuel de
mon dossier médical (la pochette jaune a littéralement explosé), mais de là à
donner toutes mes informations médicales à Mr GOOGLE, j'hésite encore ...
30 mètres pour rejoindre l'ascenseur qui m'amènera en neuro. Premier
contact avec le frère de David Douillet qui baisse la tête pour passer les
portes anti-feu. Il m'explique l'examen en détail, sauf bien sûr qu'il va
m'enfoncer ces aiguilles dans le crâne et me percer les lobes des oreilles. Le
professeur m'indique qu'on envoie des décharges électriques intenses dans tout
le corps jusqu'à ce que les patients donnent leur code de CB. Je suis tombée
sur un marrant. Il me déplace sous le détecteur de fumée, m'envoie des
décharges qui me collent au plafond et me dit de me détendre. Fastoche en
théorie. Il coupe le courant et me demande ce que je sens. Rien. "Ok on
vous envoie pas en psychiatrie, on vous garde en neuro".
La moitié du service neuro a été conviée à cet examen rare. Les étudiants
de la fac de médecine sont là aussi. Le professeur leur précise que le patient
(moi) est rare aussi puisque je n'ai "pas 82 ans et pas parkinson" et
que je suis "consciente". Il leur fait ensuite remarquer que ma courbe
fait un W. J'aurais préféré un triple A. Il précise aussi que cet examen est
plus facile à réaliser sur des personnes chauves (on y voit mieux pour planter
les aiguilles). Personne ne propose de me tondre. Au bout d'un moment il
demande à ses étudiants "Quel est l'intérêt de pratiquer les potentiels
évoqués chez un patient atteint d'un syndrome pyramidal?". S'il y en
avait, on entendrait une mouche voler. "Personne n'a d'idée?" Grand
blanc... re-grand blanc . Moi, j'ai une idée... Le professeur me regarde
médusé, il se met à rire "dîtes toujours, on verra bien...". C'est
pour vérifier s'il y a une atteinte de la voie centrale. "Et en plus, elle
a raison, si maintenant les patients en savent plus que les étudiants !!!
Vous avez potassé avant de venir?" Non, j'ai juste écouté mon interniste
me l'expliquer. Les étudiants sont remerciés (pour leur présence pas pour leurs
lumières) et repartent sans un mot, pas même une question. Nous ne sommes plus
que 12 dans la pièce. Le professeur me dit que l'examen écarte cette
hypothèse, au profit d'une hypothèse sur la moelle. Il interpelle son collègue
rééducateur présent. Je lui indique les antécédents familiaux. Il me demande si
mon grand-père qui ne marchait pas était corse. Dans la négative, il me
conseille d'aller voir un neurologue chevronné à la recherche d'une origine
héréditaire car il existe plusieurs maladies héréditaires à l'origine du
pyramidal. Il demande aux 10 autres blouses blanches si quelqu'un connait mon
ex-neurologue. Personne, donc changez, votre interniste vous orientera. Je la
vois demain, la Timone semble se rapprocher avec son service génétique neuro
musculaire. Mes 11 blouses blanches me remercient pour ma participation, le
professeur me serre la main : "au revoir, sans rancune".
12h30 retour à la maison, 12h40 sur le canapé, pas bouger.
Après une nuit de sommeil de 14h et des poussières, je me lève avec mal
partout (y compris aux cheveux donc) et 45 minutes plus tard, je suis capable
de marcher à peu près droit sans me prendre un mur ou une porte, encore 3 cafés
plus tard, mon cerveau est cette fois bien réveillé. A 10h34, je peux attaquer
la journée. a moins que je ne me fasse attaquer par la journée ???
Bref, j'ai testé les potentiels évoqués, c'était comme de mettre les doigts
dans la prise et ça nous a permis d'écarter une atteinte centrale. Un truc de
plus que j'ai pas !!!
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