mercredi 29 avril 2015 10:49
Voici les
dernières nouvelles du front: mon front va mieux que mes jambes. Suite à l'examen
des potentiels évoqués, l'interniste (qui ne m'a toujours pas internée), a faxé
mon dossier médical à la Timone. Ensuite la Timone m'a rappelée pour me fixer
un rdv avec le praticien le plus approprié pour mon cas. Pour moi, ce sera donc
Amandine. La Timone est le centre de référence neuromusculaire et Amandine fait
partie des chercheurs qui publient et préconisent de séquencer l'ADN très tôt
pour obtenir un diagnostic. Le seul hic, c'est que je n'ai rdv que le 27
juillet, dans 3 mois, mais le délai habituel tourne autour des 6 mois. Pour
patienter (quoi ??? il faut encore patienter ?!?!), et avancer quand même
(avancer au propre et au figuré), j'ai subi un test pour la maladie de Lyme.
Mes fioles sont parties à Paris une fois de plus et les résultats sont assez
longs. La laborantine me dit "à bientôt" à chaque fois qu'elle me
voit, un peu comme si c'était ma boulangère, et "qu'est ce qu’on fait
aujourd'hui?Du flou? du
structuré?", un
peu comme ma coiffeuse. Je prendrais du structuré s'il vous plait cette
fois parce que le flou c'est bon j'en ai ma claque là ! Au laboratoire, la
première chose que je vois en entrant c'est une énorme affiche "courir,
pourquoi pas vous ?". Ils l'ont mise exprès pour moi.
Hier, j'ai
donc revu mon médecin traitant pour faire le point. Elle m'a expliqué que les
résultats des potentiels évoqués n'étaient pas si bons que ça. Lorsque je suis
allée à Nîmes, on m'a dit que c'était normal et qu'on m'enverrait les résultats
par courrier, je les ai reçus lundi. Il est noté "à la limite de la
normale". Donc en gros ça commence à se déglinguer. Elle m'a prévenue
que je risquais de tomber par terre de temps en temps. Donc prescription
d'une canne. Comment lui dire ? Je ne suis pas encore prête à accepter une
canne. Si je tombe, j'ai mon portable dans la poche, j'appelle, point. Bon, on
trouve un compromis: elle me prescrit la rééducation pour renforcer les muscles
et le maintien, en échange, je vais sans délai acheter des baskets et un
bâton de marche. Elle dit que je dois le prendre pour aller faire les courses
et si je dois marcher sur une grande distance. Mais j'en ai pas besoin vu que
les courses c'est au drive. A la rigueur, si je veux, je descends même pas de
la voiture... En repartant du centre médical, je prends l'ascenseur avec une
dame en fauteuil roulant que je croise souvent et qui est encore plus bavarde
que moi. On parle du mistral et de nos cheveux en bataille, du coiffeur
et arrivées en bas, elle me demande si je peux la déposer en chemin.
Comme une idiote, je lui demande si elle peut se lever pour monter dans la
voiture, mais oui elle peut. Elle me demande de plier son fauteuil roulant
"comme une poussette". Fou rire parce que ça fait vraiment longtemps
que je n'ai pas plié une poussette. Déjà que je ne suis pas manuelle...
Le bâton de
marche, je trouve en 3 minutes chrono, mais les baskets , pfff ... Ok, j'avoue
j'ai les pieds plats, mais y a des temps de gens qui rêveraient d'avoir les
pieds plats pour être réformés et pas partir faire la guerre. Et là deuxième
choc de la journée, après la canne, Bopy ne fait plus que des chaussures pour
enfant et des chaussures de ville pour grand-mère, vous savez celles du
catalogue Daxon qu'on achète quand on a des cors aux pieds, et des oignons.
L'oignon ça fait pleurer, les chaussures de Bopy aussi sont à pleurer. Dans un
magasin de sport, je sélectionne quelques modèles sur des critères très
subjectifs, qui auraient bien fait rire tous les collègues coureurs!
J'essaie finalement tout le rayon, sauf les baskets de dealers
(celles qui courent vite et qui sont flashys), et les baskets dites "de
ville". Sur 300 paires, il n'en reste que 4, dont 1 qui ne me fait pas mal
aux pieds et qui ne crie pas "arrêtez moi, je vends de la drogue".
Banco.
Ensuite il
faut trouver une tenue de sport. De mon temps, comme disent les clientes de
Bopy, les tenues de sport étaient amples pour l'aisance. En 2015, elles sont
plutôt conçues pour trouver un mari dans une salle de sport. J'ai déjà un mari,
moi en fait je voulais juste un bas de jogging... Je finis par en trouver un
qui ne relève pas du racolage passif, parce que sinon autant y aller en maillot
de bain et pas la peine de dépenser des sous pour un truc que j'ai déjà.
Surtout que je ne le sais pas encore mais il me faut trouver 150 000 euros sans
délai. Rentrée chez moi, je m'effondre sur le canapé quand quelqu'un se
présente au portail. Tant bien que mal, j'y vais, et là, je tombe (au figuré)
sur ma propriétaire de 89 ans, qui est ma voisine depuis 25 ans, en pleine
séance d'hallucination, qui me prend pour la femme du gendarme à qui elle
a vendu un terrain et qui ne l'a pas payé. Moralité: il vaut mieux perdre
ses jambes que sa tête. Quelques billets de monopoly plus tard, ma proprio est satisfaite,
je lui donne une boîte d'oeufs de mon poulailler, elle me rend un billet, je
m'effondre à nouveau sur le canapé, le chien sur un genou, le chat sur l'autre
en rêvant à des jours meilleurs, sans marathon. Ce matin je me lève avec des
courbatures, fourbue et pas du tout curieuse de découvrir le terrain que je
viens d'acheter. Une journée de calme absolu sans mistral, sans surprise, et si
on sonne, promis juré, je réponds pas.
Bref, j'ai
cassé mon PEL pour l'équipement de la rééducation et j'ai appris à plier un
fauteuil roulant. Je commence la rééducation juste avant le jeudi de l'ascension,
mais pour l'ascension de l'Everest il faudra attendre un peu, hein...
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