Mardi 17 mars 2015
13h45
Ce matin , j'ai consulté ma généraliste, consultation à priori sans
surprise puisque pas de nouvel examen pour le moment et je ne vois le neuro que
lundi. Contre toute attente, la matinée a réservé son lot de surprises.
A commencer par la salle d'attente. Une petite fille de 3 ans environ m'a
choisie pour me montrer son livre et m'a demandé avec un joli sourire
"pourquoi la pomme elle est empoisonnée ?". Rapide coup d'oeil à la
couverture du bouquin: Blanche neige et les sept nains. J'avais bien une petite
idée, Blanche neige version développement durable: parce que Monsanto
empoisonne les pommes avec des pesticides pour gagner beaucoup, beaucoup,
beaucoup de sous . Ca c'est la version que j'aurais donnée à mon fils
mais je ne connaissais pas la maman donc je me suis retenue. Après un
grand blanc (et sept petits nains même pas reconnus travailleurs handicapés),
je me suis souvenue d'un truc qui marche à tous les coups: "et toi qu'en
penses-tu ? pourquoi la pomme elle est empoisonnée?". D'habitude ça marche
très bien, sauf avec quelques rares personnes, manifestement. Mon mari me
répond systématiquement "et pourquoi quand je te pose une question, tu me
réponds par une autre question? je suis pas débile! " Et cette
petite fille qui a écarquillé ses yeux, est retournée en courant dans les
jupons de sa mère. La mère: "elle est où la sorcière ? ". La fillette
ne lui a répondu que d'un geste: elle m'a montrée du doigt. C'est
définitivement décidé, je n'aurai plus jamais d'enfants. La mère: "ils
vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants". Franchement j'étais très
heureuse que la petite ne revienne pas à la charge parce que j'avais vraiment,
mais vraiment, très envie de lui dire que Blanche neige avait dû faire 7
fécondations in vitro à cause de tous les perturbateurs endocriniens qu'elle
avait avalés sans le savoir, pour accoucher finalement de triplés alors qu'elle
n'avait que 2 bras. En fait, je ne suis pas sûre que ma version, bien que
beaucoup plus réaliste, lui aurait plu. J'étais super soulagée quand la
généraliste est venue me délivrer.
Et en fait, une fois dans le cabinet la malédiction a continué: la
doctoresse m'a demandé si je pouvais joindre mon père pour lui poser des
questions sur son dossier médical. Je lui ai répondu que si elle connaissait
quelqu'un qui fasse tourner les guéridons pour parler aux morts on pouvait
essayer. Surtout que maintenant on a la 4G. Me voilà donc réduite à essayer de
joindre la patronne de mon père qui l'avait emmené consulter un spécialiste à
Valence entre 1984 et 1999 pour essayer de récupérer son dossier médical.
Franchement je ne sais pas si ça va mieux marcher que le guéridon parce que
pour le moment je ne connais pas le nom du spécialiste en question, le dossier
a 20 ans et la patronne, si j'arrive à la retrouver, est peut-être sénile. Non
vous ne rêvez pas, la patronne conduisait elle-même son employé aux
consultations pour essayer de sauver ses jambes. Ca semble surréaliste de nos
jours. Il faut dire que mon père avait une fonction de la plus haute
importance. Sur les fiches de renseignement scolaire il nous disait toujours
d'écrire "profession du père: garde des sceaux". En fait il était
gardien manutentionnaire dans une usine de condiments, avec beaucoup de seaux,
dont il établissait l'inventaire. Des grands seaux, des petits seaux, et même
des tonneaux. On est loin de la gloire de mon père de Pagnol, même très
loin.
Bref, une matinée imprévisible.
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